CONy – Les pépites de l’actualité 4 -Manque de données cliniques pour informer la décision de prolonger ou non le traitement par lécanémab

Par Lucy Piper, journaliste à medwireNews

medwireNews : À ce jour, les données cliniques ne suffisent pas à démontrer le bénéfice d’un traitement par lécanémab au-delà de 18 mois. Par conséquent, faut-il interrompre le traitement chez ceux qui le reçoivent actuellement, sans connaître réellement les conséquences d’une telle décision ?

Telle est la question qu’ont posée Dorota Religa (Karolinska Institutet, Stockholm, Suède) et Lon Schneider (Keck School of Medicine of University of Southern California, Los Angeles, États-Unis) lors du 18e Congrès mondial sur les questions faisant débat en neurologie qui s’est tenu à Londres, au Royaume-Uni.

Dorota Religa (Karolinska Institutet, Stockholm, Suède) a présenté les raisons pour lesquelles le traitement par lécanémab devrait être poursuivi au-delà de 18 mois, précisément parce que, « actuellement, il n’existe pas de données sur le traitement au-delà de 18 mois ».

Comme l’a souligné le Dr Religa, cela signifie que la décision d’interrompre ou non cet anti-amyloïde quand il est efficace et toléré, ainsi que quand et comment arrêter le traitement, reposent sur le jugement clinique, et qu’il y a très peu de données pour étayer cette décision.

Par exemple, « nous ignorons ce qu’il advient des patients lorsque le traitement est arrêté. » En outre, le lécanémab semble être mieux toléré au fil du temps, les effets indésirables se produisant principalement au début du traitement.

D’après le Dr Religa, il serait intéressant de poursuivre le traitement au-delà de 18 mois chez certains patients dans la pratique clinique, puis de comparer ces données avec celles de patients qui ne poursuivent pas le traitement. Cela permettrait de voir les effets sur l’évolution de la maladie et d’« obtenir davantage de données et d’obtenir une réponse à ce sujet. » 

En effet, le Dr Religa estime qu’il existe une « excellente occasion » de créer un registre en conditions réelles. Les patients pourraient participer à un essai prospectif et être inscrits dans un registre, à condition qu’une équipe clinique et des ressources adaptées soient disponibles pour le suivi.

Lon Schneider (Keck School of Medicine of University of Southern California, Los Angeles, États-Unis), quant à lui, était contre le fait de poursuivre le traitement par lécanémab au-delà de 18 mois.

Il reconnaît que les données pour étayer ce choix font largement défaut, puisque, aux États-Unis, 1 000 patients seulement ont été traités au-delà de 18 mois et très peu de patients réguliers ont été exposés au lécanémab pendant plus de 9 mois.

Commentant la manière dont le lécanémab est prescrit au sein de l’USC, le Dr Schneider a indiqué que les tomographies par émission de positons sont examinées avant le début du traitement par lécanémab, puis après 18 mois. À ce stade, en général, « 70 à 80 % des patients ayant fait preuve d’une bonne observance ne présentent plus d’amyloïde », c’est-à-dire des niveaux inférieurs à 25 sur l’échelle « centiloid », et arrêtent donc le traitement.

Le Dr Schneider a remis en question certaines des modélisations statistiques et méthodologiques utilisées actuellement pour démontrer la pertinence clinique du lécanémab au-delà de l’essai de 18 mois. En effet, d’après lui, ces modèles reposent sur des projections qui peuvent être trompeuses.

Il a expliqué que d’après le modèle de rétropolation comparativement au placebo qui a été utilisé, le déclin sous lécanémab après 18 mois devrait être équivalent au déclin observé sous placebo à 12,7 mois, soit un gain de temps d’environ 5,3 mois. Or, le Dr Schneider a souligné que cette méthodologie n’intègre pas les différences absolues entre les groupes de traitement, qui peuvent différer selon que le déclin sous placebo ralentit ou s’accélère, par exemple.

Il a ajouté que cette modélisation repose par ailleurs sur des présupposés, tels un ralentissement du déclin sous placebo, la présence de l’intégralité des données ou des données manquantes de façon complètement aléatoire, et une vitesse de déclin identique dans les deux bras pendant la période de comparaison.

Par nature, les rétropolations reviennent à établir des comparaisons entre des groupes non comparables, car il y a forcément des patients qui abandonneront le traitement.

En conclusion, le Dr Schneider a expliqué que la preuve de pertinence clinique dépend de la capacité à montrer une différence au niveau des scores Clinical Dementia Scale Sum of Boxes entre le lécanémab et le placebo, et que la transformation mathématique de cette différence n’est pas pertinente sur le plan clinique.

D’autres études examinent actuellement les effets à plus long terme des anti-amyloïdes comparativement à un placebo chez des patients atteints d’une maladie préclinique et le Dr Schneider pense que nous aurons plus de réponses à ce sujet vers 2028.

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CONy 2024 ; Londres, Royaume-Uni : du 21 au 23 mars

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